Un regard féminin aussi sensible que puissant.

Lea Carlsen interviewe à Los Angeles Clemy Clarkejeune et talentueuse réalisatrice et scénariste française aux États-Unis.

Clemy Clarke en quelques mots :

A 28 ans, Clemy Clarke est une réalisatrice et scénariste française de projets de films aux États-Unis.  Son travail a été sélectionné et primé par des festivals tels que Raindance etc…

Après avoir étudiée aux États-Unis à UCLA, elle a réalisé sa première Web série télé de six épisodes, Hollywood, en 2017.

Elle réalise actuellement une série de six épisodes Nudes the Anthology sur le thème de la nudité et des œuvres de Botticelli, Courbet, Zweig, et d’autres. Le premier épisode After Anyuta, inspiré de l’oeuvre d’Anton Tchekov va bientôt sortir.

Artiste aux multiples talents, Clemy Clarke s’exprime sur le thème du désir à travers un regard féminin aussi sensible que puissant.

Clemy, pouvez-vous retracer votre parcours de réalisatrice ? Quand et qu’est ce qui vous a poussé à vous lancer dans la production et réalisation de films ?

Je suis chanceuse d’avoir des parents qui sont réalisateurs de documentaires, notamment la série Apocalypse, la Seconde Guerre Mondiale (2009). Ils m’ont contaminée avec leur passion. Quand j’étais enfant, je me souviens qu’ils travaillaient au montage de leurs films et parlaient de leurs projets, à la maison. Réaliser des films et en parler, faisait déjà parti de ma vie. Pour être honnête, faire des films me faisait peur au début car mes parents travaillaient essentiellement sur des documentaires de guerre dont les scènes pouvaient être violentes. A cette époque, je préférais peindre pendant qu’ils montaient de scènes de batailles.

Devenue adolescente, j’ai découvert d’incroyables films qui m’ont donné envie de réaliser : Badlands de Terrence Malick, Apocalypse Now de Coppola, L’amant de Jean-Jacques Annaud, On the Waterfront de Elia Kazan… L’intensité et le réalisme de ces films me touchaient de la même manière que peindre. A 14 ans, j’ai emprunté la caméra de ma mère et réalisé mon tout premier court-métrage Open your Eyes, dans lequel mon amie d’enfance, Anouchka Delon (actrice française – fille de Alain Delon) tient le rôle principal. Depuis ce moment là, je n’ai pas cessé de réaliser.

Comment avez-vous été introduite dans l’industrie du cinéma ? Qu’est ce qui a attiré votre attention en premier ?

J’ai été chanceuse d’obtenir une bourse pour étudier aux États-Unis à SCAD (Savannah College of Art and Design), en Géorgie. A l’université, mon intérêt pour la réalisation s’est confirmé, spécialement parce que je me trouvais dans un environnement inspirant et accueillant. Après mes études, j’ai été stagiaire dans une société de production à Los Angeles. J’ai eu l’opportunité de lire beaucoup de scripts et de travailler sur les plateaux. J’ai également travaillé en tant que monteuse où j’ai écris et développé mon premier scénario de long-métrage.

Comment décririez-vous votre rôle de réalisatrice ?

À mon sens, le rôle de réalisatrice commence par l’expression de sa sensibilité. C’est si important de « sentir », d' »éprouver » même si ça semble contradictoire lorsque on doit diriger une équipe qui est essentiellement une sorte d’armée. Mais, je crois que tout est à propos de sentiments, de sensations, depuis que notre travail de réalisateurs est de transmettre des émotions d’une manière authentique. Travailler avec des acteurs est un transfusion de sentiments. Quand vous travaillez sur le plateau avec un acteur, vous avez besoin d’aller ensemble au cœur de l’émotion du personnage. Etre un réalisateur demande bien plus évidemment : rigueur, force, vision, etc. C’est un métier magnifique et rempli de challenges.

En tant que femme, en quoi c’est différent de travailler comme réalisatrice, spécialement à un jeune âge ? Quelles sont les principales différences sur ce plan entre les États-Unis et l’Europe ?

En tant que jeune femme réalisatrice, je crois que ma qualité est ce que j’ai mentionné précédemment, ma sensibilité. Peut-être que je n’ai pas vécu assez pour connaître le monde, mais j’ai cette passion d’exprimer comment je suis sensible aux choses, au monde, à partir de ma propre expérience. Ces jours-ci, je ne pense pas que c’est plus difficile d’être une femme réalisatrice qu’un homme réalisateur. Je suis chanceuse de dire que j’ai toujours reçu un magnifique soutien de la part d’hommes. Bien sur, cela dépend de qui vous entoure et ma carrière a tout juste commencé… Mais je suis si reconnaissante des hommes de l’industrie du cinéma avec qui j’ai travaillé à Los Angeles et en Europe : réalisateurs, producteurs, acteurs, etc. Ils ont cru en mon travail en tant que réalisateur – et cela n’a pas eu d’importance que je sois un homme ou une femme. Je pense que ce n’est pas si différent de travailler en tant que réalisateur en Europe et aux États-Unis. Au final, c’est toujours le même process : vous avez une idée, vous l’écrivez, vous en faites le pitch à un producteur et vous le réalisez.

En tant que Française, pourquoi avoir choisi les États-Unis plutôt que l’Angleterre ou la France ?

Je désire écrire et créer des histoires dans des lieux où je peux apprendre de nouvelles choses sur moi-même et le monde. Je suis une citoyenne du monde!

Vous avez réalisé une Web Série télé Hollywood, où vous décrivez la vie et le travail difficile d’acteurs, spécialement lorsqu’ils auditionnent en casting. Avez-vous déjà vécu ce genre d’expérience?

Quand j’ai déménagé à Los Angeles, mes colocataires étaient principalement acteurs. Ils luttaient pour faire leur métier, comme beaucoup de jeunes acteurs. Un de mes colocataires travaillaient beaucoup plus que les autres mais étaient étiqueté dans un genre de rôle et de personnage car il venait du Moyen-Orient. Il jouait toujours le rôle du méchant. Ça a été mon inspiration pour le premier épisode. Mais, mon objectif n’était pas juste de faire une série critique de l’industrie du cinéma. Je voulais montrer la beauté de la passion que de talentueux acteurs qu’expriment à travers le process difficile du casting, et qui parfois se perdent eux-même en allant bien trop loin dans leur jeu de personnage.

Je n’ai pas vécu cette expérience de casting. Cependant, je réalise, j’éprouve ce même genre d’expérience, de jugement. C’est un process créatif dont je dois convaincre d’autres d’y croire, en mon projet et en moi.

Vous avez un nouveau court-métrage Après Anyuta qui sort bientôt sur les écrans, adapté de la nouvelle Anyuta de Tchekov. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C.C. Kellogg, productrice à Valmora Productions, avait vu ma série Hollywood et m’a demandé d’adapter Anyuta à l’écran. Elle avait écrit l’adaptation et souhaité la produire à Londres. Nous l’avons filmée récemment et elle sortira dans les prochains mois. C’est à propos d’une jeune femme, Anyuta qui aide son petit-ami étudiant en médecine et qui étudie l’anatomie de son corps. Elle ne peut se résigner à le quitter, même si elle est malheureuse avec lui. Tchekov a écrit l’histoire originale il y a plus de cent ans et elle fait toujours écho à des problèmes actuels. C’est réellement une histoire d’aujourd’hui. Le court-métrage fera parti d’une série de six épisodes sur le thème de la nudité, inspirés des travaux célèbres de Zweig, Courbet, Michel-Ange et d’autres. La série s’appellera Nudes the Anthology et les court-métrages sortiront sur plusieurs plateformes de streaming.

En tant que réalisatrice, vous êtes-vous sentie personnellement attachée à ce sujet dont Anyuta parle ? Pourquoi avez-vous décidé de prendre part de ce projet ?

Oui je me suis retrouvée dans cette histoire et la difficulté de quitter un être aimé malgré un attachement profond… Dans l’histoire de Tchekhov, Anyuta et son petit-ami ne se disent pas grand chose. Je voulais montrer leur lien au-delà du langage parlé, mais plutôt par leur communication à travers le toucher, les regards…

Dans quel genre de projets vous voyez-vous engagée à l’avenir ? Pouvez-vous mentionner un de vos projets futurs ?

Je m’apprête à continuer la réalisation de la série de court-métrages Nudes the Anthology, à New York et Londres. Je prépare également mon premier long-métrage que je réaliserai en Californie avec l’objectif de le filmer au printemps 2020. Le film s’appelle Long Beach. Il raconte l’histoire d’une jeune femme tout juste arrivée aux États-Unis qui aspire à être réalisatrice à Hollywood et tombe amoureuse d’un réalisateur plus âgé. J’ai deux autres projets de long-métrages dont un thriller psychologique avec Anouchka Delon à l’affiche. L’autre projet en développement est une adaptation du roman de Bernardin de Saint-Pierre Paul et Virginie, et mon scénario vient juste de remporter le prix du meilleur scénario féminin au Big Apple Film Festival. C’est une histoire d’amour mythique au 18ème siècle sur une île magique.

Mon objectif en tant que réalisatrice est de créer des histoires émouvantes – qu’importe leur genre ou budget – des films indépendants à petit budget, ou plus ambitieux, de science-fiction, fantastiques, des thrillers… J’espère embarquer les gens dans de multiples et divers voyages.

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