Enquêtes, filatures, investigations, on vous dit tout, ni vu ni connu
Aux États-Unis, on estime aujourd’hui qu’il existe plus de 43 000 détectives privés actifs, soit bien plus que les officiers de police dans certains domaines spécialisés, et le marché de la sécurité privée approche maintenant les 100 milliards de dollars par an. Dans cet univers foisonnant, qui sont ces détectives privés, quelles sont leurs compétences, leurs limites, et surtout : quand et comment peut-on les engager ? Le French District mène l’enquête.
Enquêtes, filatures, investigations… Si la figure du détective privé évoque immanquablement Sherlock Holmes ou les thrillers à la télévision, dans la réalité américaine, ces professionnels jouent un rôle majeur — parfois déterminant — dans le déroulé d’un dossier.
Devenir détective privé, le bon filon
Qui sont ces « private investigators » ?
Selon les statistiques du Gouvernement américain, il y a environ 43 000 détectives privés aux États-Unis et leur nombre augmente régulièrement. Pourquoi ? Car dès qu’il y a une affaire pénale aux États-Unis, la présence de détectives privés est quasi systématique. De plus, on observe une montée fulgurante des actions en justice et de la cybercriminalité.
Historiquement, beaucoup de « private investigators » viennent du milieu de la police, de l’armée (militaires à la retraite), du FBI ou encore des services de renseignement, ce qui leur donne accès d’emblée à un grand nombre d’informations et de relations bien placées.
Quand je serai grand, je serai détective
Dans la majorité des États américains, devenir détective privé ne requiert pas de diplôme universitaire spécifique. Cela dit, la tendance est claire : la profession se professionnalise. Dans certains États comme la Californie, l’État de New York ou la Floride, vous devez :
- Avoir un casier judiciaire vierge
- Justifier d’expérience préalable (souvent 2 à 3 ans) dans l’investigation ou l’application de la loi
- Obtenir un numéro de licence délivré par l’État
- Parfois, réussir un examen d’État (par exemple en Californie ou en Floride)
À l’inverse, quelques États plus permissifs (Idaho, Mississippi, Dakota du Sud, Wyoming) n’exigent actuellement aucune licence — mais ces zones deviennent de plus en plus rares.
Enfin, si un détective souhaite se spécialiser (en cybercriminalité, en fraude financière, en preuves juridiques), il suivra souvent des formations reconnues par des organismes professionnels comme la National Association of Legal Investigators (NALI) ou la Society of Professional Investigators (SPI).

Crédit photo : Promifotos.de (CC BY-SA 3.0).
Leurs pouvoirs et leurs limites
Même si aux États-Unis, le rôle et le pouvoir du détective privé sont très larges, chaque État réglemente différemment les détectives privés (licences, assurance, formation, expérience, examen).
Leurs pouvoirs
Dans un pays comme la France où les prérogatives de la police et de l’agent privé sont clairement distinctes, le rôle du détective se cantonne majoritairement au domaine civil et commercial. De même, les avocats n’ont pas le droit d’enquête en France, ce qui interdit leur recours à un détective privé pour les aider dans la recherche d’indices.
Il en est tout autrement aux États-Unis, où le détective intervient aussi (et surtout) en matière pénale et se trouve régulièrement embauché par des avocats (cf. l’affaire DSK où les avocats de la défense avaient plusieurs détectives à temps plein au sein de leurs cabinets). Les grandes compagnies d’assurances ont également leurs équipes de détectives attitrées.
Dans la recherche de la vérité, les enquêteurs disposent de pouvoirs et des moyens les plus étendus : et même si certains de ces faits établis ne constituent des preuves recevables en justice (les preuves doivent être légales et admissibles), elles servent à décrédibiliser l’adversaire et peuvent influencer à terme, les juges.
Une marge d’action large… sous règles strictes
Aux États-Unis, le détective privé dispose généralement d’un large spectre d’actions légales :
- Relevés photographiques et vidéo en lieux publics
- Surveillance de personnes, véhicules ou activités
- Recherches d’adresses, de biens ou d’éléments d’identité
- Analyse de documents, vérifications d’antécédents (background checks)
- Assistance aux avocats lors de phases préparatoires à un procès
Dans les affaires civiles (divorce, litiges commerciaux, assurance), ils sont presque devenus des acteurs incontournables — leurs rapports peuvent peser lourd dans les stratégies des avocats. Les avocats américains ont le droit de recourir à des détectives privés. Dans de nombreuses affaires pénales ou civiles, ces professionnels sont intégrés aux équipes de défense ou de partie adverse.
Leurs limites
Les lois américaines de protection de la vie privée votées récemment rendent la vie dure aux détectives et limitent leur accès à certaines données. Ainsi, il devient difficile d’identifier le propriétaire d’une voiture sur la seule base de sa plaque d’immatriculation, ou de se faire passer pour un abonné auprès des services de téléphonie, ou pour un client d’organismes financiers pour soutirer des renseignements confidentiels.
Sherlock, suivez cette voiture !
Chacun peut embaucher un détective qui intervient dans tous les domaines : enquêtes pré-matrimoniales, personnes disparues, enquêtes et filatures conjugales, vérifications personnelles sur un individu (un patron, un salarié, un adversaire en justice…), recherches dans un procès aux côtés d’avocats…
Compter le prix de la vérité
Avant de vous engager, vérifiez bien :
- Qu’il dispose d’un numéro de licence (seuls les États de l’Idaho, du Mississippi, du South Dakota et du Wyoming n’en demandent pas),
- Sa réputation (il est temps vous aussi de mener votre enquête)
- Qu’il possède des bureaux (s’il vit dans sa voiture, c’est mauvais signe)
- Et pourquoi pas une assurance (les plus gros bureaux de détectives en ont tous une)
Assurez-vous bien, enfin, de circonscrire le plus précisément possible sa mission, le prix total de ses services, et qu’il respectera la confidentialité inhérente à sa mission.
Attention, le prix à payer n’est pas des moindres, en moyenne de 100 $ à 200$ de l’heure (moyenne nationale), et sur des journées entières, c’est un vrai budget à considérer, en plus de celui des avocats, le cas échéant. Mais la recherche de la vérité n’a pas de prix…
Quand et pourquoi engager un détective privé ?
Aux États-Unis, à la différence de nombreux pays européens, chacun peut légitimement engager un détective privé pour une multitude de besoins :
- Enquêtes pré-matrimoniales ou vérifications d’antécédents
- Retrouver une personne disparue
- Filatures conjugales dans des procédures de divorce
- Enquêtes de fraude (assurances, emploi, finances)
- Aide à la préparation de dossiers juridiques
- Vérifications de conformité ou due diligence commerciale
Avant de passer le cap, posez-vous ces questions essentielles :
- Sa licence est-elle bien enregistrée dans l’État concerné ?
Sans licence valide, l’enquête pourrait être invalide en justice. - Quelle est sa réputation ?
Comme pour toute profession de confiance, faites vos propres vérifications. - Dispose-t-il de bureaux physiques ?
Un professionnel établi inspire généralement plus de confiance qu’un freelance sans structure. - A-t-il une assurance professionnelle ?
C’est la garantie qu’il assumera ses responsabilités en cas d’erreur ou de litige.

