Une interview de Mireille Dedios, fondatrice de Mireille Dedios Translations, membre de French District.
Rencontrez Mireille Dedios, une traductrice franco-américaine dont le parcours est aussi riche que les langues qu’elle maîtrise. De son enfance en France à son installation aux États-Unis il y a plus de 30 ans, en passant par sa carrière en entreprise et son succès en tant qu’indépendante certifiée ATA, Mireille partage sa passion pour les mots. Découvrez son regard unique sur la traduction, l’expatriation et les défis d’un métier en constante évolution.
Qui êtes-vous et quelle est votre activité ?
Je suis traductrice indépendante.
Pouvez-vous retracer les grandes lignes de votre parcours ?
Je suis née en France où j’ai effectué toute ma scolarité. J’ai toujours aimé et été douée pour les langues, ce qui m’a conduite à choisir le parcours professionnel de LEA, Langues étrangères appliquées (Français, Anglais et Allemand). J’ai obtenu ma licence à la Sorbonne, puis ma maîtrise à la Sorbonne Nouvelle, ayant entre les deux diplômes passé un an comme fille au pair aux États-Unis. Cette expérience a changé le cours de ma vie, puisque c’est ici que j’ai rencontré mon futur mari, que j’ai fondé une famille, et où je suis maintenant installée depuis plus de 30 ans.
Après mon licenciement en 2019, j’ai décidé de m’établir en tant que traductrice indépendante, Anglais < > Français, certifiée par l’American Translators Association (ATA), et je travaille depuis pour de nombreuses agences de traduction et clients privés. Outre la communication d’entreprise, le marketing et la finance, je me suis progressivement spécialisée dans la traduction de documents officiels (acte de naissance, de mariage, de décès, permis de conduire, diplômes, relevés de notes, etc.). Les équipes et les clients avec lesquels j’ai travaillé ont souligné mon professionnalisme et la qualité de mon travail, ainsi que mon souci du détail.
Pourquoi cette passion pour votre métier ?
Comme mon parcours l’indique, j’ai toujours aimé les langues et la traduction. J’apprécie chaque jour l’opportunité d’explorer de nouveaux sujets. La traduction fait réfléchir sur la culture, elle est pour moi un puzzle à résoudre, un puzzle qui demande à concilier le sens, le choix des mots, le rythme de chaque phrase, et la cohérence du tout.
Pour quelles raisons vous êtes-vous expatriée ?
Je suis venue aux États-Unis en 1986 comme fille au pair. À l’époque, je venais de terminer ma licence de langues et souhaitais me perfectionner par une immersion linguistique plus longue que les brefs séjours en Angleterre que j’avais effectués au lycée. J’étais également motivée par une rencontre… J’ai donc passé une année dans une famille du Connecticut, et c’est à cette occasion que j’ai fait une autre rencontre… celle qui a changé ma trajectoire. Je suis rentrée en France dans l’intention de faire mon année de maîtrise, et diplôme en poche, nous nous sommes mariés un an après.
En quoi la pratique de votre métier aux États-Unis est-elle différente de celle en France ?
En dehors d’un ou deux stages en France, toute ma carrière s’est déroulée aux États-Unis. J’ai donc adopté facilement le mode de travail américain avec tous ses avantages et ses travers. Mais je me reconnais toujours bien française dans mon insistance pour prendre tous mes congés… les vacances pour les Français, c’est sacré !
Est-ce difficile de se faire une place dans votre secteur aux États-Unis ?
Quelle est votre plus belle rencontre aux États-Unis à ce jour ?
J’ai fait la connaissance d’une personne venue du Chili deux ans avant moi, mon mari depuis plus de 35 ans.
Parmi vos différentes expériences d’expatriée, quelle est celle qui vous a le plus appris et pourquoi ?
Nous avons élevé nos deux filles en trois langues, le français avec moi, l’espagnol avec leur père, et l’anglais pour tout le reste. Ce fut une expérience très enrichissante, parfois difficile à maintenir et à gérer, mais que je ne regrette pas, car nous leur avons transmis chacun une langue et une culture, et c’est fascinant de voir l’évolution des enfants, et maintenant de leur vie à l’âge adulte, de l’impact de ce choix.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus aux États-Unis ? Qu’est-ce qui vous plaît le moins ?
À mon arrivée, j’étais fascinée par cet optimisme et ce dynamisme qui caractérisent l’esprit américain. La cordialité des Américains et la facilité avec laquelle on peut vivre. Ce qui me plaît le moins, c’est le manque d’éducation générale, le manque de curiosité pour le reste du monde. Bien sûr, ce sont des généralités, mais comme tout stéréotype, avec un fond de vérité.
Vous êtes-vous facilement adaptée aux États-Unis ?
Je me suis rapidement intégrée dans le sens où je suis arrivée ici jeune étudiante, et je n’avais rien en France qui me retenait à part ma famille immédiate. Je n’avais pas non plus travaillé suffisamment en France pour acquérir des habitudes, donc tout était nouveau pour moi. J’ai eu la chance de rencontrer très tôt dans ma carrière quelques collègues de travail avec qui je suis toujours en contact.
Racontez-nous en quelques lignes votre journée typique.
J’ai la chance de pouvoir travailler à la maison et d’organiser mon temps à mon gré. Fini la sonnerie du réveil, le métro, les réunions, le gilet en plein été à cause de la clim… mes journées s’organisent autour de mes projets de traduction : si je dois rendre un projet pour une agence en Europe, je suis sur mon ordinateur portable à 5 h du matin ; je peux tout aussi bien travailler jusqu’à minuit plusieurs jours de suite pour terminer un long projet dans les temps ; pendant la journée, je peux cependant promener mon chien, faire une lessive, passer en magasin, lire des articles, etc. Et c’est moi qui règle mon thermostat. C’est une liberté que j’apprécie chaque jour davantage.
Quels conseils donneriez-vous aux futurs francophones qui se lancent dans l’aventure aux États-Unis ?
J’ai mis toute une carrière en entreprise pour finalement aboutir à la traduction en indépendante, et revenir à ma passion première… Le parcours peut être sinueux et prendre des détours, comme dans mon cas, mais il ne suffit pas d’être armée de compétences, il faut un esprit positif, le “can do attitude” pour aller de l’avant. C’est cette volonté de prendre un risque et de persévérer qui peut mener loin.
Quels sont vos projets et que pouvons-nous vous souhaiter ?
J’espère continuer à développer mon activité, particulièrement auprès de clients privés à la recherche de traductions pour leurs documents officiels. Pouvoir aider une famille avec des documents pour des procédures qui sont souvent source de stress est très gratifiant.
Ce qu’il faut souhaiter en toute circonstance, c’est la santé, et j’espère traduire encore longtemps, au moins pour activer les neurones !


