Le mode d’emploi pour les Français
Le Canada a réduit ses cibles d’immigration, mais il cherche toujours des francophones. PVT, Mobilité francophone, Entrée express et programmes du Québec : les voies d’accès pour un Français, avec leurs conditions, leurs délais et leurs frais, et ce qu’il faut savoir sur le logement et l’assurance maladie.
Le Canada et la présence francophone
Expatrié français : le Canada vous veut, en français !
Le Canada a longtemps ouvert grand ses portes pour combler sa pénurie de main-d’œuvre. Depuis 2024, il les referme un peu : le gouvernement fédéral visait 485 000 nouveaux résidents permanents en 2024, il en prévoit 380 000 par an de 2026 à 2028, et il a réduit de 43 % sa cible de nouveaux travailleurs et étudiants étrangers entre 2025 et 2026 (385 000 au lieu de 673 650), d’après le plan des niveaux d’immigration 2026-2028.

Une catégorie de candidats échappe pourtant à ce tour de vis : les francophones. Ottawa veut qu’ils représentent 9 % des nouveaux résidents permanents installés hors du Québec en 2026, puis 10,5 % en 2028. Le principal outil de sélection, l’Entrée express, en vigueur depuis le 1er janvier 2015 pour les candidats qui s’installent en dehors du Québec, organise depuis 2023 des rondes d’invitations réservées aux candidats qui parlent français. Les employeurs canadiens recrutent ainsi une main-d’œuvre internationale qualifiée, dont des expatriés français au Canada.
À lire aussi : 10 bonnes raisons de s’expatrier au Canada
Où s’expatrier et vivre au Canada ?
L’Ontario est la province la plus peuplée du Canada. Toronto, sa capitale économique, est anglophone et cosmopolite : 46,6 % de ses habitants sont nés à l’étranger, d’après le recensement de 2021. Ottawa, la capitale fédérale, est bilingue et fait face à Gatineau, côté Québec. Pour vivre en français au quotidien, Montréal reste la destination naturelle.

Toronto, capitale économique de l’Ontario : près d’un habitant sur deux de la région est né à l’étranger (46,6 % au recensement de 2021). Crédit photo : Maksim Sokolov (maxergon.com) (CC BY-SA 4.0)
De l’autre côté du pays, sur la côte ouest, Vancouver est aussi une destination privilégiée et l’une des villes les plus green du monde. La métropole de la Colombie-Britannique compte 41,8 % d’immigrants, la deuxième proportion du pays après Toronto.

Vancouver, sur la côte pacifique : 41,8 % des habitants de la région sont des immigrants, la deuxième proportion du pays. Crédit photo : Quintin Soloviev (CC BY 4.0)
Le logement pèse lourd dans le budget. En octobre 2025, un appartement de deux chambres se louait en moyenne 1 346 $ CA par mois à Montréal, 1 277 $ à Québec, 1 926 $ à Ottawa, 2 034 $ à Toronto et 2 363 $ à Vancouver, d’après le rapport sur le marché locatif de la SCHL. Ces moyennes incluent les locataires en place : les loyers demandés aux nouveaux arrivants sont plus élevés.
Le cas du Québec
Le Québec est la seule province du Canada dont le français est l’unique langue officielle. En vertu de l’Accord Canada-Québec, il sélectionne lui-même ses immigrants économiques : un travailleur qualifié obtient d’abord le certificat de sélection du Québec, puis demande la résidence permanente à Ottawa. Le Québec prévoit d’accueillir 45 000 immigrants permanents en 2026. Pour la reconnaissance de vos diplômes, voir notre article sur l’équivalence des diplômes au Canada.

Le Château Frontenac et la terrasse Dufferin, à Québec : la province sélectionne elle-même ses travailleurs qualifiés, et le français y est une condition. Crédit photo : Wilfredor (CC BY-SA 4.0)
Deux programmes québécois comptent pour un Français :
- le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui remplace l’ancien programme régulier depuis le 29 novembre 2024 et invite des candidats depuis juillet 2025. On y dépose d’abord une déclaration d’intérêt dans le portail Arrima. Le français y est une condition : niveau 7 à l’oral et 5 à l’écrit pour les emplois qualifiés, niveau 5 à l’oral pour les emplois intermédiaires et manuels ;
- le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), pour les diplômés du Québec et les travailleurs déjà sur place. Suspendu par étapes à partir d’octobre 2024, aboli le 19 novembre 2025, il est réinstauré du 2 juillet 2026 au 2 juillet 2028. La première période de dépôt, close le 31 octobre 2026, était réservée aux personnes qui remplissaient déjà les conditions au moment de l’abolition ; les périodes suivantes sont publiées sur la page du programme.
Côté emploi, le taux de chômage québécois était de 5,1 % en 2019, le plus bas depuis le début des relevés en 1976, et de 5,6 % en moyenne en 2025, d’après l’Institut de la statistique du Québec.
Les différents programmes d’immigration au Canada
Les touristes français n’ont pas besoin de visa pour visiter le Canada, mais doivent obtenir en ligne une autorisation de voyage électronique (AVE, 7 $ CA) pour arriver en avion. Pour travailler, étudier ou s’installer, la demande se fait auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

L’expatriation temporaire
Le programme vacances-travail (PVT) d’Expérience internationale Canada (EIC) est la porte d’entrée la plus courante pour les jeunes Français : un permis de travail ouvert de 24 mois au plus, une seule fois, de 18 à 35 ans inclus. Il faut disposer d’au moins 2 500 $ CA et d’une assurance santé couvrant le rapatriement pour toute la durée du séjour. Les frais s’élèvent à 369,75 $ CA (participation à EIC, permis ouvert et données biométriques).
La France disposait de 5 861 places pour la saison 2026. La dernière ronde a eu lieu la semaine du 19 octobre 2026 et la saison est close : 8 176 invitations ont été envoyées, et 22 226 candidats sont restés dans le bassin sans être invités. Leur profil est retiré ; il faudra en créer un nouveau à l’ouverture de la saison 2027.

EIC propose deux autres catégories aux Français : Jeunes professionnels (1 900 places en 2026, avec une offre d’emploi signée) et Stage coop (2 590 places, pour les étudiants en stage). Le Volontariat international en entreprise (VIE), ouvert aux 18-28 ans pour une mission de 6 à 24 mois, passe aussi par EIC : 650 places lui étaient réservées en 2026, dans la catégorie Jeunes professionnels.
Si vous êtes attiré par le Québec, l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) est un organisme bigouvernemental qui accompagne les jeunes de 18 à 35 ans dans leur expérience professionnelle au Québec : stages, emplois et missions, dont certaines sont proposées sur son site.
Hors du Québec, la voie Mobilité francophone permet à un employeur d’embaucher un francophone sans étude d’impact sur le marché du travail. Depuis le 15 juin 2023, il suffit d’un français intermédiaire à l’oral (niveau 5 des Niveaux de compétence linguistique canadiens, NCLC), et presque tous les métiers sont admissibles, sauf l’agriculture primaire peu qualifiée. L’employeur dépose l’offre et paie 230 $ CA ; le permis de travail coûte 155 $ CA.
L’expatriation permanente
La résidence permanente au Canada coûte aujourd’hui 1 590 $ CA par adulte en frais fédéraux (traitement et droit de résidence permanente), plus 85 $ de données biométriques, d’après la liste des frais d’IRCC. S’y ajoutent le test de langue, l’examen médical et, au Québec, les frais provinciaux. Les délais ont fondu : en octobre 2026, IRCC annonçait environ 6 mois pour la catégorie de l’expérience canadienne, 7 mois pour les travailleurs qualifiés fédéraux et 13 mois pour un candidat des provinces hors Entrée express (délais de traitement).
Venir d’abord étudier ou travailler, par exemple avec Expérience internationale Canada, reste la meilleure passerelle : un an d’expérience de travail qualifié au Canada ouvre la catégorie de l’expérience canadienne. Dans l’Entrée express, chaque candidat reçoit un score sur 1 200 points (âge, études, langues, expérience), et IRCC invite les meilleurs profils lors de rondes d’invitations. Les rondes « connaissance du français » demandent le niveau NCLC 7 dans les quatre compétences, sans exigence d’expérience. En 2026, jusqu’au 27 octobre, elles ont distribué 60 500 invitations avec des seuils de 382 à 435 points, quand ceux de l’expérience canadienne dépassaient 500 points. Depuis le 3 novembre 2026, une réforme donne des points supplémentaires aux candidats qui ont une expérience au Canada ou une offre d’emploi dans un métier bien payé, et une offre d’emploi n’a plus besoin d’étude d’impact sur le marché du travail (EIMT) ; les rondes sont suspendues jusqu’à deux semaines, le temps de recalculer les scores. Un candidat qui n’a pas d’expérience au Canada doit aussi prouver ses fonds : 15 263 $ CA pour une personne seule, 28 362 $ pour une famille de quatre.

De manière générale, il existe plusieurs programmes d’immigration qui débouchent sur une résidence permanente au Canada, notamment :
- Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), par l’Entrée express
- Programme des travailleurs de métiers spécialisés (fédéral), par l’Entrée express
- Catégorie de l’expérience canadienne, par l’Entrée express
- Travailleurs qualifiés sélectionnés par le Québec (PSTQ, PEQ)
- Candidats des provinces
- Parrainage d’un membre de la famille
- Réfugiés
Les programmes fédéraux pour les gens d’affaires sont fermés aux nouveaux candidats : le visa pour démarrage d’entreprise depuis le 31 décembre 2025, sauf engagement obtenu en 2025, et le programme des travailleurs autonomes depuis le 30 avril 2024, jusqu’à nouvel ordre (avis d’IRCC). L’ancien programme des aides familiaux résidants est fermé, et les projets pilotes de soins à domicile qui l’ont remplacé n’acceptent plus de nouvelles demandes, à notre connaissance. Le Québec garde ses propres programmes d’entrepreneurs : voir comment s’expatrier au Québec en tant qu’entrepreneur ou investisseur.
Pour vérifier les programmes auxquels vous avez droit, le plus sûr est l’outil officiel d’IRCC. Il est aussi conseillé de consulter un avocat spécialiste de l’immigration au Canada.
La santé dès l’arrivée
Chaque province gère son assurance maladie. Au Québec, la RAMQ applique un délai de carence de trois mois après l’inscription. Un Français qui arrive avec un visa de résident permanent et qui était assuré en France à son départ peut y échapper avec le formulaire SE 401 Q 207, à demander à sa caisse d’assurance maladie avant de partir, grâce à l’entente de sécurité sociale entre la France et le Québec (Cleiss). En Ontario, il n’y a plus de délai d’attente pour l’assurance santé (OHIP) pour les personnes admissibles. Les participants au PVT doivent de toute façon garder une assurance privée qui couvre le rapatriement. Plus de détails dans notre article sur le système de santé au Canada.


