Polices municipales, shérifs, polices d’État, agences fédérales : qui fait quoi, et vos droits face à un policier
Polices municipales, shérifs de comté, polices d’État, agences fédérales comme le FBI ou ICE : aux États-Unis, chaque échelon a sa propre police. Qui fait quoi, qui dépend de qui, et comment réagir face à un policier, lors d’un contrôle routier ou en cas d’urgence ? Le point pour ne rien confondre.
La police fédérale, la police des États-Unis
C’est qui et ils font quoi ?
Il y a des dizaines d’agences fédérales de police : le Bureau of Justice Statistics (BJS, le service statistique du ministère de la Justice) en comptait 90 en 2020, qui employaient près de 137 000 policiers à plein temps autorisés à arrêter ou à porter une arme. Près de la moitié (49 %) dépendent du ministère de la Sécurité intérieure, près d’un tiers (30 %) du ministère de la Justice. Vous en connaissez une grande partie, comme :
- Le FBI, ou Federal Bureau of Investigation, la police judiciaire qui gère les crimes fédéraux (terrorisme, espionnage, cybercriminalité, corruption, grand banditisme) et le service de renseignement intérieur.
- La DEA, ou Drug Enforcement Administration, qui lutte contre le trafic de stupéfiants.
- L’ATF, ou Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives, chargé des armes à feu, des explosifs, des incendies criminels et des trafics d’alcool et de tabac.
- Les US Marshals, la plus ancienne agence fédérale de police, créée en 1789, qui traque les fugitifs, protège les juges fédéraux, transfère les détenus fédéraux et gère le programme de protection des témoins.
- Le CBP, ou US Customs and Border Protection, le service des douanes et de protection des frontières (Border Patrol comprise), que vous avez déjà aperçu dans les aéroports. Avec plus de 69 000 employés, c’est la plus grande agence de police fédérale.
- L’ICE, ou Immigration and Customs Enforcement, créé en 2003, qui fait appliquer les lois sur l’immigration à l’intérieur du pays (arrestations, rétention, expulsions) et enquête sur les trafics transfrontaliers. Il compte plus de 22 000 officiers et agents depuis le début de 2026, selon le ministère de la Sécurité intérieure, deux fois plus qu’un an plus tôt.
- L’USSS, ou US Secret Service, créé en 1865 pour lutter contre la fausse monnaie, qui enquête toujours sur les fraudes financières, tout en veillant à la protection du Président et du vice-président des États-Unis, de leurs familles et des chefs d’État en visite. Rien que ça.
- L’USPP, la US Park Police, créée en 1791, l’une des plus anciennes polices fédérales en uniforme. Elle est compétente dans tous les parcs fédéraux, mais ses agents patrouillent surtout dans ceux de Washington, de New York et de San Francisco ; ailleurs, ce sont les rangers du National Park Service.
- Le NCIS, Naval Criminal Investigative Service, le service d’enquête civil de la Marine, qui enquête sur les crimes graves commis au sein de l’US Navy et de l’US Marine Corps (et nous fait vibrer à la télé).
La NSA, ou National Security Agency, souvent citée avec elles, n’est pas une police : c’est une agence de renseignement du ministère de la Défense, qui intercepte les communications (sommes-nous sur écoute !?) mais n’arrête personne.

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Si jamais vous voyez des gentils messieurs portant des uniformes avec ces lettres plaquées dans leur dos, autant dire qu’il vaut mieux filer doux.
Ils sont compétents où et dépendent de qui ?
Les agents de la police fédérale sont compétents sur tout le territoire américain, et dépendent du Gouvernement Fédéral des États-Unis pour faire appliquer les lois fédérales. Autrement dit, si les ordres arrivent, ils arrivent de très haut. Un cambriolage, une bagarre ou un excès de vitesse, en revanche, relèvent des polices locales et d’État.Ils peuvent toutefois dépendre de différents départements (ministères), que ce soit le Département de la Justice, celui de la Défense, de l’Intérieur ou du Trésor, de la Sécurité Intérieure, ou encore de la Cour Suprême et du Congrès, qui ont chacun leur police. L’armée, elle, a ses propres polices militaires.
La police étatique
C’est qui et ils font quoi ?
Chaque État, enfin presque, possède une police d’État : le BJS en recensait 49 en 2018, avec 60 451 policiers. Hawaï a longtemps été le seul État sans police d’État ; une loi de 2022 y a regroupé plusieurs services dans un Department of Law Enforcement.
La plus connue ? Les Texas Rangers (notamment grâce à Chuck Norris), la division d’enquête de la police d’État du Texas, chargée des crimes violents, de la corruption, des affaires non résolues et des tirs impliquant des policiers. Et la Californie, l’État le plus peuplé des États-Unis ? Elle en a bien une : la California State Police a fusionné en 1995 avec la California Highway Patrol, qui est aujourd’hui la plus grande police d’État du pays (7 386 policiers en 2018). Le ministère de la Justice californien a aussi ses enquêteurs, au sein de son Bureau of Investigation et de son Bureau of Gambling Control.
La police d’État fait appliquer les lois de chaque État, et prend selon les États l’une de ces deux formes :
- La « Highway Patrol » (ou State Patrol), qui veille sur les routes et autoroutes et vous interpelle si vous appuyez un peu fort sur le champignon. C’est le cas en Floride, en Californie ou en Géorgie, où un bureau séparé enquête sur les crimes graves, comme le Florida Department of Law Enforcement (FDLE) ou le Georgia Bureau of Investigation.
- La « State Police », qui patrouille sur les routes et enquête aussi sur les crimes graves commis dans l’État, comme à New York, dans le New Jersey ou dans le Michigan.
Ils sont compétents où et dépendent de qui ?
Les « State Troopers » (et non pas storm troopers) sont compétents partout dans leur État, ce qui peut amener à collaborer avec des polices d’États voisins dans le cas de fugitifs. Ils sont dirigés par un haut fonctionnaire nommé par le Gouverneur de l’État. Sachez enfin que chaque État possède son propre droit pénal et son propre droit civil, donc les State Troopers ont vocation à faire respecter des lois souvent bien différentes d’un État à l’autre.
La police des comtés et des villes
C’est qui et ils font quoi ?
Enfin, la plupart des villes, à l’intérieur de chaque État, possèdent, aussi, leur propre police : le BJS comptait 11 824 polices locales en 2018, qui employaient 466 000 policiers, près de six sur dix dans le pays. Évidemment, vous les connaissez déjà bien : c’est le NYPD à New York, la plus grande du pays avec environ 34 000 policiers, le LAPD à Los Angeles, le CPD à Chicago… Beaucoup sont toutes petites : 40 % des polices du pays ont moins de dix policiers.

Des policiers du NYPD devant le poste de Times Square, à Manhattan, en septembre 2021. Avec environ 34 000 policiers, c’est la plus grande police du pays. Crédit photo : ajay_suresh (CC BY 2.0)

Dans les zones qui ne font partie d’aucune municipalité (unincorporated areas), on ne parle plus de police municipale, mais de shérif, qui règne en maître sur tout un comté. Tous les États sont divisés en comtés, sauf deux exceptions : la Louisiane (en paroisses) et l’Alaska (en boroughs, sans shérif). Le shérif, élu presque partout, et ses « deputies » font respecter la loi dans les zones et les petites villes du comté sans police municipale ; ses services gèrent aussi souvent la prison du comté et la sécurité des tribunaux. La National Sheriffs’ Association compte 3 081 shérifs dans le pays.

Un véhicule du bureau du shérif du comté de Palm Beach, en Floride, en novembre 2022 : le shérif assure la police des zones du comté sans police municipale. Crédit photo : Elbert Hampton (CC0)
▷ À savoir : le titre de « marshal » désigne, dans certaines petites villes, le chef de la police municipale (le BJS recensait 647 agences de constables et de marshals en 2018) ; au Connecticut, des state marshals ont remplacé les shérifs.
Ils sont compétents où et dépendent de qui ?
Les policiers municipaux sont compétents dans leur ville ou secteur défini, et le shérif dans le comté. Les premiers répondent au maire de la ville, qui nomme en général leur chef, tandis que le shérif, élu, rend des comptes à ses électeurs.
Les pouvoirs de la police
Le BJS comptait en 2018 environ 788 000 policiers à plein temps dans les 17 541 polices locales et d’État, soit 241 pour 100 000 habitants, auxquels s’ajoutent les 137 000 policiers fédéraux recensés en 2020.

Les officiers de police peuvent arrêter une personne quand ils ont une raison plausible (probable cause) de croire qu’elle a commis une infraction, et lui passer les menottes, avant de la conduire à sa station de police. Sur un simple soupçon raisonnable, ils peuvent vous arrêter brièvement dans la rue et palper vos vêtements s’ils craignent une arme : c’est le stop and frisk, encadré par la Cour suprême depuis 1968.
Ils peuvent aussi entrer dans un domicile avec un mandat signé par un juge, sans mandat en cas d’urgence (danger pour des personnes, suspect en fuite, preuves sur le point d’être détruites), et sans annoncer leur présence seulement avec un mandat spécial dit no-knock. Ils ne peuvent tirer sur un suspect en fuite que s’ils ont des raisons sérieuses de penser qu’il représente une menace de mort ou de blessure grave (arrêt Tennessee v. Garner, 1985).
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Vos droits face à la police
Si vous êtes arrêté et interrogé, la police doit d’abord vous lire vos droits Miranda, du nom d’un arrêt de la Cour suprême de 1966 : le droit de garder le silence, celui d’être assisté d’un avocat pendant l’interrogatoire, et d’en avoir un commis d’office si vous n’avez pas les moyens d’en payer un. Le « You have the right to remain silent » des séries existe donc bel et bien.
Selon l’ACLU, la grande association de défense des libertés civiles :
- Vous pouvez garder le silence, à condition de le dire à voix haute. Dans certains États, vous devez tout de même donner votre nom si un policier vous le demande.
- Vous pouvez refuser une fouille de vous-même ou de vos affaires, mais le policier peut palper vos vêtements s’il soupçonne une arme.
- En cas d’arrestation, demandez tout de suite un avocat, n’expliquez rien et ne signez rien sans lui. Vous avez droit à un appel téléphonique.
Si vous n’êtes pas citoyen américain, la loi fédérale impose à tout étranger de 18 ans ou plus d’avoir sur lui son document d’enregistrement, comme sa carte verte. En cas d’arrestation, vous pouvez aussi demander que le consulat de France soit prévenu : la police doit vous proposer cette notification consulaire.
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Contrôle routier : les bons réflexes
Si une voiture de police vous suit gyrophares allumés, mettez votre clignotant et garez-vous dès que possible, dans un endroit sûr. Ensuite :
- Coupez le moteur, allumez le plafonnier la nuit, baissez la vitre et gardez les mains sur le volant (le passager, sur le tableau de bord).
- Restez dans la voiture, sauf si l’agent vous demande d’en sortir, et évitez les gestes brusques : ne fouillez pas la boîte à gants avant qu’il vous demande vos papiers.
- Sur demande, montrez votre permis de conduire, la carte grise (registration) et l’attestation d’assurance (proof of insurance).
- Si une arme se trouve dans la voiture, dites-le à l’agent d’emblée, sans la toucher.
Le conducteur comme les passagers peuvent garder le silence, et un passager peut demander s’il est libre de partir. Refuser un test d’alcoolémie entraîne en général une suspension du permis : en conduisant, vous avez accepté d’avance ces tests (implied consent).

Un contrôle routier de la California Highway Patrol, la police d’État californienne, en novembre 2021 : la voiture de patrouille s’arrête derrière le véhicule contrôlé, gyrophares allumés. Crédit photo : Chris Yarzab (CC BY 2.0)
911, le numéro à retenir
Police, pompiers, ambulance : aux États-Unis, un seul numéro d’urgence, le 911, depuis un fixe comme depuis un portable. Le texto au 911 fonctionne dans une partie du pays seulement : appelez si vous le pouvez, écrivez seulement si vous ne pouvez pas parler ; là où le service n’existe pas, un message automatique vous prévient que votre texto n’est pas parvenu.
Pour ce qui n’est pas une urgence (bruit, voiture garée devant votre entrée, objet trouvé), beaucoup de villes ont un numéro non urgent, comme le 311 à New York. En cas de détresse psychologique, le 988, par appel ou par texto, joint une ligne de crise.
Bon à savoir
Un policier peut en cacher un autre… La vie d’un officier ne s’arrête pas après son pot de départ à la retraite. Souvent, ils continuent de partager leur amour pour le respect de l’ordre en offrant leurs services aux particuliers ou aux entreprises. Ça vous intrigue ? Voici comment louer les services d’un policier.



