Les mi-mandat les plus chers de l’histoire
Plus de 10 milliards de dollars de publicité, des super PAC sans plafond et une Cour suprême qui desserre encore les règles : qui paie les campagnes américaines, et qui a le droit de le faire.
À deux semaines du scrutin du 3 novembre, la publicité politique dépasse déjà 10 milliards de dollars, un record pour des midterms. D’où vient cet argent, ce qui a changé depuis 2010, et ce que la loi permet aux Français.
Une facture record pour des mi-mandat
À la mi-octobre, la publicité politique du cycle 2026 a franchi la barre des 10 milliards de dollars, spots diffusés et espaces déjà réservés compris, selon le cabinet de suivi AdImpact, qui en projette 11,6 milliards d’ici au jour du vote. C’est 30 % de plus qu’aux élections de mi-mandat de 2022 (8,9 milliards) et davantage que le cycle présidentiel de 2024 (11,2 milliards) : pour une fois, une élection sans président à la clé coûte plus cher qu’une élection avec.
Ce compteur ne mesure que la publicité, à la télévision, en streaming, en ligne et à la radio. L’argent dépensé par des groupes extérieurs aux campagnes suit la même pente : 2 milliards de dollars de dépenses dites indépendantes à la fin septembre, en hausse de 51 % sur 2022 une fois l’inflation déduite, selon le Brennan Center for Justice, un institut juridique rattaché à la faculté de droit de l’université de New York (analyse du 13 octobre 2026). Les groupes qui ne publient pas le nom de leurs donateurs, le dark money, auraient déjà injecté plus d’un milliard de dollars, d’après le New York Times cité par le même institut.
Qui dépense le plus
Le rapport de force s’est inversé. Après trois cycles où les démocrates dépensaient davantage (2020, 2022 et 2024), les républicains mènent en 2026 dans plusieurs catégories, relevait début octobre la chaîne NewsNation. Pour les trente derniers jours de campagne, les groupes proches des républicains avaient alors réservé environ 572 millions de dollars, contre 457 millions côté démocrate. Les candidats démocrates au Sénat lèvent en revanche plus d’argent en direct que leurs adversaires dans de nombreuses courses disputées.
Au sommet, quelques très grands donateurs. Elon Musk a versé au moins 366 millions de dollars pour aider les républicains, selon les chiffres que son équipe a fournis au New York Times : un record pour un donateur individuel. Côté démocrate, George Soros et sa famille avaient donné 103 millions de dollars à la fin juin, d’après les déclarations publiques. Le principal super PAC républicain consacré au Sénat, le Senate Leadership Fund, a levé 272,9 millions de dollars entre juillet et septembre, un record trimestriel pour ce groupe, environ 122 millions de plus que son homologue démocrate, le Senate Majority PAC.

Qui paie quoi : petit lexique du chéquier
Une campagne américaine ne se finance pas par un tuyau mais par cinq, chacun avec ses règles. Le candidat reçoit des dons plafonnés ; autour de lui, d’autres structures peuvent lever et dépenser sans limite, à condition de ne pas se concerter avec lui. Les plafonds ci-dessous sont ceux du cycle 2025-2026, pour la plupart revalorisés selon l’inflation tous les deux ans par la Federal Election Commission (FEC), l’autorité fédérale chargée des campagnes.
| Structure | Qui peut la financer | Plafond par donateur | Travaille avec le candidat ? |
|---|---|---|---|
| Comité de campagne du candidat | Particuliers, PAC | 3 500 $ par élection ; la primaire et l’élection générale comptent séparément, soit 7 000 $ par cycle | Oui, c’est sa caisse |
| Parti national (comités nationaux et comités du Congrès des deux partis) | Particuliers, PAC | 44 300 $ par an, plus 132 900 $ par an sur chacun de ses comptes spéciaux (convention, siège, recomptages et contentieux) | Oui, sans plafond de dépenses communes depuis juin 2026 |
| PAC classique (political action committee) | Particuliers, salariés d’une entreprise, adhérents d’un syndicat | 5 000 $ par an | Il peut donner au candidat jusqu’à 5 000 $ par élection s’il est dit multicandidat, 3 500 $ sinon |
| Super PAC | Particuliers, entreprises, syndicats | Aucun | Non : dépenses indépendantes seulement |
| Association dite de dark money (statut fiscal 501(c)(4)) | Particuliers, entreprises, syndicats, sans publication des noms | Aucun | Non |
Une entreprise ou un syndicat ne peut toujours pas signer de chèque à un candidat fédéral. Depuis 2010, en revanche, ils peuvent financer sans limite des campagnes publicitaires indépendantes. Chaque spot doit dire qui l’a payé (paid for by), mais un super PAC peut lui-même être alimenté par une association qui ne publie pas ses donateurs : c’est par ce circuit que transite une bonne partie du dark money.
De Watergate à 2026 : un demi-siècle de règles redessinées
Le système actuel naît du scandale du Watergate. En 1974, le Congrès plafonne les dons à 1 000 $ par candidat et par élection, crée la FEC et étend aux primaires le financement public de la présidentielle, prévu dès 1971. Depuis, la Cour suprême des États-Unis a desserré ces règles à plusieurs reprises au nom du premier amendement et de la liberté d’expression : pour la majorité de ses juges, dépenser pour diffuser un message politique est une manière de s’exprimer. Ses partisans y voient une protection de la parole politique, ses critiques un avantage donné aux plus fortunés.
| Année | Loi ou décision | Ce qui change |
|---|---|---|
| 1974 | Amendements à la loi fédérale sur les campagnes (FECA) | Plafond de 1 000 $ par candidat et par élection, création de la FEC, financement public de la présidentielle étendu aux primaires et aux conventions |
| 2002 | Loi McCain-Feingold (BCRA) | Plafond porté à 2 000 $ par élection et indexé sur l’inflation |
| 2008 | Barack Obama renonce aux fonds publics | Premier candidat d’un grand parti à les refuser pour l’élection générale ; John McCain les accepte (84,1 millions de dollars). En 2012, aucun grand candidat n’y recourt |
| 2010 | Arrêts Citizens United (Cour suprême, janvier) et SpeechNow (cour d’appel fédérale, mars) | Entreprises et syndicats peuvent dépenser sans limite de façon indépendante ; les dons aux groupes indépendants ne sont plus plafonnés : naissance des super PAC |
| 2014 | Arrêt McCutcheon (avril, 5 voix contre 4) | Fin du plafond global de 123 200 $ par donateur et par cycle ; les plafonds par candidat demeurent |
| 2025 | La FEC perd son quorum (1er mai) | Avec moins de quatre commissaires, elle ne peut plus ouvrir d’enquête ni sanctionner |
| 2026 | Arrêt NRSC v. FEC (30 juin, 6 voix contre 3) | Fin du plafond des dépenses qu’un parti engage de concert avec ses candidats |
Le plafond individuel a suivi l’inflation : 2 600 $ par élection en 2014, 3 300 $ en 2024, 3 500 $ en 2026. Les dépenses extérieures aux campagnes, elles, ont changé d’échelle : 567 millions de dollars en 2014, 4,2 milliards en 2024 (sans compter les partis), selon l’organisation de suivi OpenSecrets.
Le tournant de juin 2026
Jusqu’à cet été, un parti ne pouvait dépenser en accord avec son candidat que dans une limite fixée par la loi : de 65 300 à 130 600 $ pour un candidat à la Chambre en 2026, de 130 600 à 4 071 800 $ pour un candidat au Sénat, selon la population de l’État. Le 30 juin, la Cour suprême a jugé ces plafonds contraires au premier amendement, revenant sur sa propre décision de 2001 (résumé de l’arrêt par la FEC). L’administration fédérale ayant refusé de défendre la loi, la Cour avait désigné un avocat pour le faire.
Conséquence concrète : les partis peuvent désormais payer des pans entiers d’une campagne, et leurs achats coordonnés bénéficient, pour ces élections du moins, du tarif publicitaire le plus bas que les chaînes doivent aux candidats, un tarif dont les super PAC sont exclus. Une cour d’appel fédérale l’avait refusé aux partis fin août ; la Cour suprême a suspendu cette décision le 4 septembre, en attendant de se prononcer. À la fin août, le comité républicain du Sénat avait déjà engagé 48 millions de dollars de dépenses coordonnées, sur 63 millions pour les quatre comités de parti au Congrès, selon le Brennan Center. Les plafonds de dons à un candidat, eux, restent en vigueur.
Un arbitre sans sifflet
Depuis le 1er mai 2025, la FEC n’a plus les quatre commissaires nécessaires pour ouvrir une enquête, infliger une sanction ou rendre un avis juridique : la plus longue absence de quorum de son histoire, selon son inspecteur général. Il ne reste que deux commissaires sur six, tous deux démocrates ; les deux candidats républicains nommés par le président le 11 février 2026 n’étaient toujours pas confirmés par le Sénat début octobre. Les comités continuent de déposer leurs comptes, consultables par tous, mais les plaintes ne sont plus instruites. Les poursuites pénales, elles, relèvent du ministère de la Justice et ne sont pas touchées.
Et vous, avez-vous le droit de donner ?
La règle fédérale tient en une phrase : un étranger (foreign national) ne peut ni donner ni dépenser pour une élection américaine, qu’elle soit fédérale, d’État ou locale. Le titulaire d’une green card n’est pas un étranger au sens de cette loi : il donne comme un citoyen, avec les mêmes plafonds (règles de la FEC sur les étrangers). Touristes et expatriés en visa sont exclus.
| Votre statut | Donner (candidat, parti, PAC, super PAC) | Bénévolat de campagne | Voter |
|---|---|---|---|
| Touriste (ESTA, visa B-2) | Non | Oui, non rémunéré et sans rôle de décision | Non |
| Visa de travail, d’études ou d’investisseur (H-1B, L-1, E-2, O-1, J-1, F-1) | Non | Oui, non rémunéré et sans rôle de décision | Non |
| Résident permanent (green card) | Oui, avec les plafonds d’un citoyen | Oui | Non |
| Citoyen américain, binational compris | Oui | Oui | Oui, y compris depuis l’étranger |
Ce qui reste permis sans carte verte
Un Français en visa peut frapper aux portes, passer des appels ou tenir un stand, à condition de ne pas être payé et de ne pas prendre part aux décisions de la campagne. En revanche, il ne doit rien payer de sa poche pour la campagne : la FEC interdit aux étrangers toute dépense électorale, avances de frais comprises. Il peut aussi militer librement sur une cause qui n’est liée à aucune élection.
Le piège de la société
Les entrepreneurs doivent être prudents. Un étranger ne peut pas participer, même indirectement, à la décision d’une société américaine de financer une élection. Une LLC créée et dirigée par un Français titulaire d’un visa E-2 d’investisseur ne doit donc verser ni à un super PAC ni à une campagne locale, même si la société elle-même est américaine.
Ce que vous risquez
La campagne qui sollicite ou accepte sciemment l’argent d’un étranger est en infraction, comme le donateur, et les sanctions vont de l’amende à la prison. C’est pourquoi les plateformes de dons en ligne, comme ActBlue, font certifier au donateur qu’il est citoyen américain ou titulaire d’une carte verte. Enfin, une carte verte permet de donner, pas de voter : s’inscrire sur les listes sans être citoyen est traité comme une fausse déclaration de nationalité, aux conséquences lourdes pour votre statut. Notre guide des élections de mi-mandat détaille qui vote et comment.
Et en France ? Deux philosophies de l’argent politique
La France a pris le chemin inverse. Les lois de 1988 et 1990 ont plafonné les dépenses de campagne, puis celle du 19 janvier 1995 a interdit les dons des entreprises, des associations et des syndicats. Le contrôle revient à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), dont le guide pour la présidentielle de 2027 a été publié au printemps : la période de financement de cette élection court depuis le 1er avril 2026.
| Critère | États-Unis (élections fédérales) | France |
|---|---|---|
| Don d’un particulier à un candidat | 3 500 $ par candidat et par élection, sans total | 4 600 € par élection, tous candidats confondus, réservé aux Français et aux résidents de France |
| Don d’un particulier à un parti | 44 300 $ par an et par parti national | 7 500 € par an, tous partis confondus, réservé aux Français et aux résidents de France |
| Dons des entreprises | Interdits au candidat, illimités vers un super PAC | Interdits depuis 1995 |
| Plafond de dépenses | Aucun, sauf pour un candidat à la présidentielle qui accepte les fonds publics | Présidentielle 2027 : 16 851 000 € au premier tour, 22 509 000 € pour les deux finalistes |
| Argent public | Programme présidentiel délaissé : aucun candidat d’un grand parti ne l’a accepté pour l’élection générale après 2008 | Remboursement forfaitaire jusqu’à 47,5 % du plafond à partir de 5 % des suffrages exprimés, 4,75 % en dessous |
| Avantage fiscal du donateur | Aucun : un don politique n’est pas déductible | Réduction d’impôt de 66 %, dans la limite de 20 % du revenu imposable et, pour les dons aux partis, de 15 000 € par foyer |
| Contrôle | FEC, sans quorum depuis mai 2025 | CNCCFP, qui peut rejeter un compte de campagne |

La sanction française a un précédent célèbre : en 2012, le compte de campagne de Nicolas Sarkozy a été rejeté pour dépassement du plafond, ce qui l’a privé de tout remboursement public. Un candidat qui dépasse doit aussi verser au Trésor une somme égale au dépassement. Les ordres de grandeur, eux, n’ont rien de comparable : le plafond d’un finaliste de la présidentielle française, 22,5 millions d’euros, est très inférieur aux quelque 181 millions de dollars de publicité que les deux camps avaient dépensés à la mi-octobre pour le seul siège de sénateur du Michigan, selon les données d’AdImpact analysées par Axios.
Français de l’étranger : les règles françaises vous suivent
Installé aux États-Unis, vous pouvez donner à un candidat français, jusqu’à 4 600 € par élection, et à un parti, jusqu’à 7 500 € par an, puisque ce droit est ouvert aux personnes de nationalité française où qu’elles vivent. La réduction d’impôt de 66 % est en principe réservée aux contribuables domiciliés fiscalement en France : installé aux États-Unis, vous n’y aurez en général pas droit. Tout don de plus de 150 € se fait par chèque, virement ou carte, jamais en espèces.
Les chiffres à retenir
11,6 milliards de dollars
La publicité politique projetée pour le cycle 2026, record absolu.
3 500 $
Le don maximal d’un particulier à un candidat fédéral, par élection.
0 $
Ce qu’un étranger sans carte verte peut donner à une campagne américaine.
2 sur 6
Les commissaires encore en poste à la FEC, qui en compte six.
4 600 €
Le don maximal d’un particulier pour une élection en France, tous candidats confondus.
1995
L’année où la France a interdit les dons des entreprises à la vie politique.
Avant de sortir la carte bancaire
- Vérifiez votre statut. Seuls les citoyens américains et les titulaires d’une carte verte peuvent donner, à quelque élection que ce soit.
- Vérifiez le destinataire. Les candidats fédéraux, dès 5 000 $ levés ou dépensés, ainsi que les partis et les PAC fédéraux sont enregistrés auprès de la FEC, qui publie ses recettes et ses dépenses sur fec.gov.
- Sachez que votre don sera public. Au-delà de 200 $ cumulés sur un cycle électoral pour un candidat (sur une année civile pour un parti ou un PAC), votre nom, votre adresse, votre employeur et votre profession sont déclarés à la FEC et publiés dans sa base.
- N’attendez pas d’avantage fiscal. Un don politique ne se déduit pas de vos impôts américains.
- Donnez de votre temps si vous n’avez pas le statut. Le bénévolat non rémunéré reste ouvert à tous, à condition de ne pas prendre part aux décisions de la campagne.
Où se renseigner
La Federal Election Commission siège au 1050 First Street NE, Washington, DC 20463. Ses règles sur la participation des étrangers sont résumées sur sa page consacrée aux étrangers. Côté français, les montants en vigueur figurent dans la décision de la CNCCFP du 26 mars 2026, publiée sur Légifrance.


