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S’il y a bien un domaine où les États-Unis diffèrent de la France, c’est la justice. D’abord, l’organisation judiciaire est complexe, à deux étages entre le droit fédéral et le droit des États. Ensuite, les règles ne sont pas toutes réunies dans des codes : les juges appliquent la common law et la règle du précédent. Enfin, si le juge occupe une place centrale dans la vie judiciaire américaine, l’avocat n’est jamais loin. D’ailleurs, ne dites plus un mot en attendant le vôtre et lisez plutôt ce qui suit…
L’importance de la justice aux États-Unis
La justice américaine est une énorme machine. Quelques chiffres pour s’en convaincre :
- Près de 2 millions de personnes sont détenues aux États-Unis, sur 340 millions d’habitants. Elles sont réparties entre 1 566 prisons d’État, 98 prisons fédérales, 3 116 prisons locales (les jails, gérées par les comtés), 1 277 centres pour mineurs, 220 centres de rétention pour migrants et 77 prisons des réserves indiennes, sans compter les prisons militaires, les hôpitaux psychiatriques d’État et les prisons des territoires américains (Prison Policy Initiative, mars 2026).
- Les États-Unis emprisonnent 542 personnes pour 100 000 habitants, l’un des taux les plus élevés du monde. En comparaison, la Russie en compte 197, l’Angleterre et le pays de Galles 137, la France 131 et l’Allemagne 69 (World Prison Brief). Entre les États, l’écart est immense : la Louisiane dépasse 1 000 détenus pour 100 000 habitants, le Massachusetts en compte 241.
- La population carcérale a été multipliée par sept entre 1973 et 2009, année de son pic. Elle recule lentement depuis (The Sentencing Project, 2026).
- Un homme noir né en 2001 a un risque sur cinq de connaître la prison au cours de sa vie, quatre fois plus qu’un homme blanc. Pour la génération née en 1981, c’était un risque sur trois.
- Un adulte américain sur deux a eu, ou a, un proche parent en prison ou en détention : 113 millions de personnes (étude FWD.us et université Cornell).
- La Californie dépense 127 788 $ par an et par détenu (budget 2025-2026), près de sept fois les 18 534 $ qu’elle consacre à chaque élève de ses écoles publiques. L’écart entre dépenses pénitentiaires et d’éducation ne cesse de se creuser : le coût d’un détenu a plus que doublé en quinze ans.
En savoir plus : La prison aux États-Unis
Le B.A.-BA du système judiciaire américain
Les États-Unis ont un gouvernement fédéral et cinquante gouvernements d’État, chacun avec ses lois et ses tribunaux. Le système judiciaire américain a donc deux étages : l’ordre fédéral, coiffé par la Cour suprême, et le droit propre à chaque État fédéré.

Les juridictions fédérales
À côté des juridictions fédérales générales existent des tribunaux spécialisés : l’impôt (Tax Court), les réclamations contre l’État fédéral (Court of Federal Claims) ou le commerce international (Court of International Trade).
- En première instance, 94 District Courts et 677 postes de juges fédéraux sur tout le territoire.
- Leurs décisions se contestent devant l’une des 13 Courts of Appeals, les cours d’appel fédérales : onze circuits régionaux, le circuit du District de Columbia et le circuit fédéral, soit 179 juges.
- Au sommet, la Cour suprême des États-Unis. Elle tranche les conflits entre l’ordre fédéral et les États et dit le dernier mot sur la Constitution. Elle choisit ses affaires : sur 7 000 à 8 000 demandes reçues chaque année, elle n’en plaide qu’une quatre-vingtaine et rend entre 60 et 80 arrêts motivés par an (66 pour la session 2025-2026), contre près de 150 au milieu des années 1980. Ses neuf juges sont nommés à vie par le président, avec l’accord du Sénat. Ils peuvent prendre leur retraite avec leur plein traitement dès 65 ans s’ils comptent quinze ans de service (la « règle des 80 » : l’âge et l’ancienneté additionnés doivent atteindre 80), mais rien ne les y oblige.

Les juridictions fédérées
Chaque État a ses propres tribunaux, sur trois niveaux : première instance, appel et Cour suprême de l’État. C’est là que se juge l’immense majorité des affaires, du divorce à l’excès de vitesse, et la plupart des crimes.
Le droit fédéral prévaut sur le droit des États, mais la juridiction fédérale n’intervient que dans des cas précis : une loi fédérale ou la Constitution est en jeu, l’État fédéral est partie au procès, ou le litige oppose des résidents de deux États différents pour plus de 75 000 $ (le seuil était de 50 000 $ avant 1997).

Les grandes différences entre les systèmes judiciaires américain et français
Common law et droit civil
Dans les systèmes de common law, la décision de justice est la première source du droit. Les systèmes de droit civil, comme en France, s’appuient d’abord sur la loi codifiée. La différence compte : aux États-Unis, les juges créent du droit en tranchant, et leurs décisions, très détaillées, ont force exécutoire et s’imposent aux juridictions inférieures. En France, le juge applique la loi, il ne la fait pas.
On reproche souvent à la common law son imprévisibilité et au droit civil sa rigidité. Les deux traditions coexistent dans le monde et aucune fusion n’est en vue.
La règle du précédent
Conséquence directe de la common law, la règle du précédent (stare decisis) s’impose à tous les tribunaux américains : face à des faits semblables, le juge doit suivre le raisonnement et la solution retenus auparavant par une juridiction supérieure. Le système y gagne en sécurité juridique et en rapidité. Mais le nombre de tribunaux, la masse de décisions rendues et la superposition des ordres fédéral et fédéré rendent l’application souple. La Cour suprême elle-même n’est pas tenue par ses propres précédents : elle a par exemple renversé en 2022 l’arrêt Roe v. Wade de 1973 sur le droit à l’avortement.

Le rôle de l’avocat aux États-Unis
Le pays compte 1,37 million d’avocats en activité (American Bar Association, 2025), soit environ un pour 250 habitants. L’avocat intervient bien plus souvent dans la vie d’un Américain que dans celle d’un Français, et la réputation procédurière des Américains n’est pas usurpée.
Les avocats français participent au service public de la justice et leur publicité est strictement encadrée. Leurs confrères américains font librement leur publicité, à la télévision comme sur les panneaux d’autoroute, et réclament des dommages et intérêts sans plafond. On les voit souvent comme des hommes d’affaires autant que des hommes de loi.
Autre différence : poursuivre son avocat pour malpractice, la faute professionnelle, est courant aux États-Unis quand on juge son travail bâclé, ou une consultation juridique trop légère facturée au prix fort. En France, la démarche reste rare.
Les revenus varient énormément. Le salaire médian d’un avocat américain est de 159 670 $ par an (Bureau of Labor Statistics, mai 2025) : les 10 % les moins payés gagnent moins de 78 360 $, les 10 % les mieux payés plus de 351 600 $. Les associés des grands cabinets facturent plus de 2 000 $ l’heure, jusqu’à 2 300 $ pour les plus recherchés (LexisNexis CounselLink, 2025). Sans surprise, les rémunérations les plus élevées se trouvent à Washington, en Californie et à New York.

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Crédit photo en-tête : MicEnin (Depositphotos)

