La carte verte par l’investissement ou le talent

Une carte de résident permanent des États-Unis et une carte de Sécurité sociale posées en éventail sur un drapeau américain

De l’argent ou du talent : deux voies directes vers la résidence permanente.

Deux voies mènent à la carte verte sans passer par un employeur ni par la loterie : l’argent et le talent. La catégorie EB-5 demande d’investir 1 050 000 dollars, ou 800 000 dans une zone d’emploi ciblée, et de créer dix emplois. La catégorie EB-1 s’adresse aux personnes aux capacités extraordinaires, aux chercheurs et aux dirigeants de multinationales. Montants en vigueur depuis 2022, critères, frais de l’USCIS, Visa Bulletin et pièges des regional centers : le point en octobre 2026.

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Carte verte, posez-vos questions

La carte verte par l’argent : la catégorie EB-5

La catégorie EB-5 est la voie des investisseurs vers la carte verte. Créée par le Congrès en 1990, elle réserve environ 10 000 visas par an aux étrangers qui placent un capital dans une entreprise américaine et y créent des emplois. Le principe n’a pas changé depuis ; les montants et les garde-fous, si.

Cartes vertes EB-5 et EB-1 accordées dans le monde par année fiscale de 2005 à 2024 : EB-5 de 349 à 14 924, record en 2024, creux en 2020 et 2021 ; EB-1 autour de 40 000 par an, 47 462 en 2024 ; Français en 2024 : 1 013 en EB-1 (9e pays, 2,1 %), 37 en EB-5 (17e pays) ; la Chine reçoit 64 % de l'EB-5, l'Inde 19 % de l'EB-1
Les cartes vertes EB-5 et EB-1 accordées dans le monde de 2005 à 2024, consulats et USCIS confondus, et la place des Français : 1 013 cartes EB-1 en 2024, 37 seulement en EB-5. Source : Département d’État, rapports annuels du Visa Office, tables V et VI (titulaires et familles confondus). Infographie : French District, licence CC BY-NC-SA 4.0.

Combien investir en 2026

Depuis le 15 mars 2022, date de l’EB-5 Reform and Integrity Act, le ticket d’entrée est de 1 050 000 dollars. Il tombe à 800 000 dollars si l’entreprise se trouve dans une zone d’emploi ciblée (targeted employment area, ou TEA), c’est-à-dire une zone rurale ou une zone dont le taux de chômage atteint au moins 150 % de la moyenne nationale, ou si l’argent finance un projet d’infrastructure publique.

Les anciens seuils d’un million et de 500 000 dollars ne valent que pour les dossiers déposés avant le 15 mars 2022. Les montants actuels seront relevés en fonction de l’inflation le 1er janvier 2027, puis tous les cinq ans : le détail des montants sur le site de l’USCIS.

Dix emplois à temps plein

L’argent ne suffit pas. L’investissement doit créer dix emplois à temps plein (35 heures par semaine au moins) pour des travailleurs américains : citoyens, résidents permanents ou personnes autorisées à travailler, hors l’investisseur lui-même, son conjoint et ses enfants. Le délai pour y arriver est de deux ans, que l’USCIS fait courir à partir de six mois après l’approbation de la pétition.

Le capital doit être réellement exposé au risque de l’entreprise (at risk), un placement garanti ne compte pas, et rester investi au moins deux ans. Et il faut en prouver l’origine licite : l’USCIS demande les déclarations fiscales personnelles des sept dernières années et les documents qui retracent le parcours des fonds (vente d’un bien, héritage, revenus d’une société).

Investir seul ou par un regional center

L’investisseur direct crée ou rachète sa propre entreprise, en prend la direction et dépose le formulaire I-526 ; les dix emplois doivent alors être des emplois directs de l’entreprise. L’investisseur qui passe par un regional center, un organisme agréé par l’USCIS qui regroupe les capitaux de plusieurs investisseurs dans un projet immobilier ou industriel, dépose le formulaire I-526E ; il peut compter les emplois indirects, jusqu’à 90 % du total, et n’a rien à diriger.

C’est la voie la plus empruntée, et la moins protégée. Dès 2013, la SEC, le gendarme américain de la Bourse, et l’USCIS ont publié une alerte commune : l’agrément d’un regional center « ne signifie pas que l’USCIS, la SEC ou une autre agence gouvernementale a approuvé les investissements proposés », et un investisseur EB-5 n’a aucune garantie d’obtenir un visa. L’affaire la plus connue est celle de la station de ski de Jay Peak, dans le Vermont : en avril 2016, la SEC a accusé ses dirigeants d’avoir détourné plus de 200 millions de dollars sur les 350 millions levés auprès d’investisseurs EB-5. Un investisseur dont le projet s’effondre perd son argent, et avec lui la carte verte.

La loi de 2022 a resserré les contrôles : regional centers audités, projets approuvés par l’USCIS avant de recevoir des investisseurs, versement de 1 000 dollars à un fonds d’intégrité avec chaque pétition I-526E. Le programme est autorisé jusqu’au 30 septembre 2027 ; au-delà, le Congrès devra le reconduire. Avant de signer, lisez l’ alerte de la SEC aux investisseurs EB-5 et faites examiner le projet par un avocat indépendant du promoteur.

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Les étapes, les frais et les délais

La pétition I-526 ou I-526E coûte 3 675 dollars (plus les 1 000 dollars du fonds d’intégrité pour un regional center), selon le barème de l’USCIS du 16 octobre 2026. Pour un Français, la catégorie EB-5 est « current » au Visa Bulletin d’octobre 2026, autrement dit sans file d’attente. Si vous êtes déjà aux États-Unis sous un autre statut, vous pouvez déposer en même temps votre demande de carte verte (formulaire I-485, 1 440 dollars) ; sinon, le visa d’immigrant se demande au consulat (formulaire DS-260, 345 dollars).

La carte obtenue est conditionnelle, valable deux ans. Dans les 90 jours qui précèdent son expiration, vous déposez le formulaire I-829 (3 750 dollars) pour prouver que l’investissement a été maintenu et que les emplois ont été créés. Sans ce dépôt, vous perdez votre statut. Depuis janvier 2023, l’accusé de réception de l’I-829 prolonge la carte de 48 mois, parce que l’USCIS ne traite plus ces dossiers avant l’expiration : comptez plusieurs années entre le premier chèque et la carte définitive.

Lire aussi : Le Visa EB-5, la carte verte des investisseurs

Recto et verso d'un spécimen de carte de résident permanent américain, avec les éléments de sécurité signalés

Le spécimen de la carte de résident permanent publié par l’USCIS pour le modèle mis en circulation en 2023 : c’est la carte que reçoivent, au bout du parcours, l’investisseur EB-5 comme le talent EB-1. Crédit photo : USCIS (domaine public)

La carte verte par le talent : la catégorie EB-1

La catégorie EB-1, celle des « priority workers », est la première des préférences professionnelles, et la seule qui se passe entièrement de la certification du département du Travail. Elle regroupe trois profils : les personnes aux capacités extraordinaires (EB-1A), les professeurs et chercheurs reconnus à l’international (EB-1B) et les dirigeants de multinationales (EB-1C).

EB-1A : être « extraordinaire », au sens du règlement

Le règlement définit la capacité extraordinaire comme un niveau d’expertise qui place la personne « dans le petit pourcentage de ceux qui ont atteint le sommet de leur domaine », dans les sciences, les arts, l’éducation, les affaires ou le sport. Le candidat n’a pas besoin d’employeur : il dépose lui-même sa pétition I-140 (self-petition), en montrant qu’il vient poursuivre son activité aux États-Unis.

Un prix majeur de portée internationale (un Nobel, un Oscar, une médaille olympique) suffit à lui seul. À défaut, le dossier doit remplir au moins trois des dix critères du règlement fédéral (8 CFR 204.5(h)(3)) :

  1. des prix ou récompenses de niveau national ou international pour l’excellence dans le domaine ;
  2. l’appartenance à des associations qui exigent de leurs membres des réalisations remarquables ;
  3. des articles publiés sur le candidat dans des publications professionnelles ou des médias de premier plan ;
  4. la participation, seul ou en jury, à l’évaluation du travail d’autres professionnels du domaine ;
  5. des contributions originales, scientifiques, artistiques, sportives ou commerciales, d’une importance majeure ;
  6. la rédaction d’articles dans des revues professionnelles ou des médias de premier plan ;
  7. l’exposition de ses œuvres dans des expositions ou des vitrines artistiques ;
  8. un rôle de premier plan ou déterminant dans des organisations réputées ;
  9. un salaire ou une rémunération nettement supérieurs à ceux de la profession ;
  10. des succès commerciaux dans les arts du spectacle (recettes, ventes de disques).

Trois critères cochés n’ouvrent pas la porte à eux seuls. Depuis l’arrêt Kazarian de 2010, l’USCIS procède en deux temps : il vérifie que chaque critère est rempli, puis il juge l’ensemble du dossier pour décider si le candidat a bien acquis une « reconnaissance nationale ou internationale durable ». Si les critères ne collent pas au métier, le règlement admet des preuves comparables. Les conditions sont détaillées sur la page EB-1 de l’USCIS.

Les dix preuves admises pour la carte verte EB-1A, numérotées de 1 à 10, les trois premières en vert : des prix ou des récompenses, une association sélective, la presse parle de vous, vous jugez le travail des autres, une contribution originale majeure, vous publiez, vos œuvres sont exposées, un rôle de premier plan, un salaire élevé, des succès commerciaux ; dépôt sans employeur ; examen en deux temps depuis l'arrêt Kazarian de 2010
Les dix preuves admises pour la carte verte EB-1A, dont trois au moins doivent figurer au dossier, le dépôt sans employeur et l’examen en deux temps. Sources : 8 CFR 204.5(h)(3) ; USCIS, Policy Manual, volume 6, partie F. Infographie : French District, licence CC BY-NC-SA 4.0.

Le visa O-1 n’est pas un passage obligé

L’EB-1A n’est pas le visa O-1, celui des « gens extraordinaires », même si on les confond souvent. Le visa O-1 est temporaire : trois ans au départ, prolongeables par tranches d’un an, et c’est un employeur ou un agent américain qui dépose la demande. Ses critères sont voisins (trois sur huit pour les sciences, les affaires, l’éducation et le sport), mais pour les artistes la barre est plus basse : une simple « distinction » dans son art suffit.

L’EB-1A, elle, donne la résidence permanente, se demande sans employeur et exige d’être parmi les tout meilleurs. Dans son manuel, l’USCIS précise qu’une approbation O-1 antérieure « est un élément pertinent et peut être un indice d’éligibilité », mais « n’est pas déterminante ». Détenir un O-1 n’est donc ni une condition ni une garantie ; il permet surtout de travailler aux États-Unis pendant que le dossier de carte verte se construit.

Lire aussi : Le visa O, le visa des gens extraordinaires

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EB-1B : professeurs et chercheurs

L’EB-1B s’adresse aux universitaires reconnus au niveau international dans leur discipline, avec au moins trois ans d’expérience d’enseignement ou de recherche, et deux des six critères du règlement (prix, associations, publications sur ses travaux, jury, contributions originales, livres ou articles). Contrairement à l’EB-1A, il faut une offre d’emploi : un poste permanent ou titularisable dans une université, ou un poste de recherche permanent chez un employeur privé qui emploie déjà au moins trois chercheurs à temps plein. C’est l’employeur qui dépose l’I-140.

EB-1C : dirigeants et cadres de multinationales

L’EB-1C vise le dirigeant ou le cadre qu’un groupe transfère vers sa filiale, sa maison mère ou sa succursale américaine. Il faut avoir occupé un poste de direction à l’étranger pendant au moins un an au cours des trois années précédentes, et l’entité américaine doit être en activité depuis au moins un an. C’est souvent la suite d’un visa L-1A : la société ouvre son bureau américain, y transfère son dirigeant, puis dépose l’I-140 après la première année d’activité.

Les démarches, les frais et les délais

La pétition I-140 coûte 715 dollars sur papier ou 665 dollars en ligne, plus l’Asylum Program Fee : 600 dollars pour un employeur, 300 dollars pour une petite entreprise ou un candidat qui dépose pour lui-même (barème du 16 octobre 2026). Le traitement accéléré (premium processing, 2 965 dollars) garantit une réponse ou une demande de pièces sous 15 jours ouvrés pour l’EB-1A et l’EB-1B, 45 jours ouvrés pour l’EB-1C. Le barème complet est sur la page des frais de l’USCIS.

Pour une personne née en France, l’EB-1 est « current » au Visa Bulletin d’octobre 2026 : pas de file d’attente. Un candidat déjà aux États-Unis peut donc déposer son I-485 (1 440 dollars) en même temps que l’I-140 ; depuis la France, la carte verte se termine au consulat. Le conjoint et les enfants célibataires de moins de 21 ans suivent le titulaire. Le Visa Bulletin paraît chaque mois sur le site du département d’État.

Cinq étapes des cartes vertes EB-5 et EB-1 pour une personne née en France : la pétition à l'USCIS (I-526 ou I-526E 3 675 dollars plus 1 000 dollars au fonds d'intégrité ; I-140 715 dollars papier ou 665 en ligne, taxe asile 600 ou 300 dollars, accéléré 2 965 dollars), le Visa Bulletin (current en octobre 2026), la carte verte aux États-Unis (I-485 1 440 dollars) ou au consulat (DS-260 345 dollars), la carte conditionnelle EB-5 de deux ans et le formulaire I-829 (3 750 dollars, prolongation de 48 mois), le résident permanent ; encadrés : pas de certification du travail, trois EB-1, avant de signer
Les étapes et les frais 2026 des deux voies, pour une personne née en France, de la pétition à la carte verte définitive. Sources : 8 CFR 204.5 et 204.6 ; USCIS, barème G-1055 du 16 octobre 2026 ; Département d’État, Visa Bulletin d’octobre 2026. Infographie : French District, licence CC BY-NC-SA 4.0.

Un dossier EB-1A se construit, parfois sur plusieurs années : articles de presse sur vos concerts ou vos créations, lettres d’experts qui décrivent votre apport, invitations à siéger dans un jury, bulletins de salaire comparés à ceux de la profession, brevets ou chiffres de vente. Un avocat d’immigration vous dira, critère par critère, ce qui tient devant l’USCIS et ce qui manque.

Le French District vous informe que les informations de cet article sont données à titre indicatif et ne constituent pas des conseils juridiques. Les montants et les règles cités sont ceux en vigueur en octobre 2026 : faites-les confirmer par un avocat d’immigration avant toute décision.

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Crédit photo en-tête : krisrobin / Depositphotos (licence standard Depositphotos)

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