Variantes et déclinaisons gourmandes (ou écœurantes) autour de la dinde et de la citrouille.
Chaque quatrième jeudi de novembre, la dinde rôtie et la tarte à la citrouille sont au centre des tables américaines. Mais chaque région a ses variantes, de la farce aux huîtres de la baie de Chesapeake au turducken de Louisiane, et il existe des alternatives pour ceux qui fuient la dinde. Menu classique, spécialités régionales, vin et budget : ce qu’on mange à Thanksgiving.
1/ La tradition
Que les pèlerins en aient mangé ou non en 1621, le partage et la tradition du dîner de Thanksgiving aux États-Unis autour d’une dinde sont LA coutume typiquement américaine. Elle revient chaque quatrième jeudi de novembre, l’un des jours fériés fédéraux du pays : en 2026, le jeudi 26 novembre. Le matin, avant de passer à table, New York accueille la 100e parade de Thanksgiving de Macy’s, à partir de 8 h 30.
Donc, pour les puristes et pour ceux qui n’aiment pas bousculer les habitudes, voici ce que vous devriez trouver (ou cuisiner) sur une table de Thanksgiving.

La dinde rôtie au centre de la table, entourée de légumes et de plats à partager. Crédit photo : ArturVerkhovetskiy / Depositphotos (licence Depositphotos)
En guise d’amuse-bouche, on croise souvent des œufs mimosa (deviled eggs), parfois une soupe au potiron (évidemment…). Ensuite, la star de la soirée, la reine du dîner, c’est bien sûr la dinde rôtie (roast turkey) et sa farce (stuffing), accompagnée d’une purée de pommes de terre (mashed potatoes) nappée de sauce au jus de cuisson (gravy) et d’une sauce à la canneberge (cranberry sauce). On trouve aussi des légumes, pour aider à faire passer tout cela : gratin de haricots verts (green bean casserole), patates douces, maïs. Côté sucré, c’est tout aussi léger, avec la fameuse pumpkin pie (tarte à la citrouille) et les tartes aux fruits (tarte aux pommes, tarte aux noix de pécan…).
À boire, chacun apporte ce qu’il aime : bière, vin ou cidre. Les pèlerins avaient de bonnes raisons de penser à la bière. Selon leur journal, publié à Londres en 1622 sous le titre Mourt’s Relation, ils se sont décidés pour Plymouth en décembre 1620 parce que le temps pressait et que leurs provisions s’épuisaient, « surtout notre bière ».
Si vous êtes invité chez des Américains (ou chez des Canadiens, qui fêtent leur Action de grâce le deuxième lundi d’octobre), l’usage est d’apporter un plat cuisiné, un dessert ou une bouteille plutôt qu’un cadeau. Proposez-le à vos hôtes à l’avance : le menu est souvent prévu de longue date.
Et entre amis, il y a le Friendsgiving : un repas de Thanksgiving où chacun apporte un plat, avant le repas de famille ou à sa place. Le mot est apparu en 2007 et le dictionnaire Merriam-Webster l’a fait entrer en 2020.
2/ Les variantes
Si l’essentiel du menu de Thanksgiving est le même pour tous les Américains, chaque région des États-Unis y a mis son grain de sel.
La dinde à toutes les sauces
- Dans le Nord-Est, pays du sirop d’érable (le Vermont produit à lui seul plus de la moitié du sirop d’érable américain, selon son ministère de l’Agriculture), certains glacent la dinde à l’érable et aux canneberges.
- Dans le Nord-Ouest, la girolle du Pacifique est le champignon officiel de l’Oregon depuis 1999, et l’État en récolte plus de 500 000 livres (environ 230 tonnes) par an, de quoi parfumer la sauce ou la farce de champignons sauvages de saison.
- D’autres plongent la dinde entière dans l’huile bouillante : c’est la dinde frite (deep-fried turkey). Spectaculaire, mais risquée : la NFPA, l’association américaine de prévention des incendies, déconseille fortement les friteuses à huile, et Thanksgiving est de loin le jour de l’année qui compte le plus de feux de cuisine.
- La Louisiane a son turducken : une dinde désossée, farcie d’un canard, lui-même farci d’un poulet. Le chef cajun Paul Prudhomme, qui l’a popularisé, en a déposé le nom en 1986. Les Français y reconnaîtront un cousin du « rôti sans pareil » décrit par Grimod de La Reynière dans son Almanach des gourmands en 1807 : une outarde garnie d’oiseaux de plus en plus petits, jusqu’au dernier, qui ne renfermait qu’une olive.
- Au Texas, les tamales, plat des fêtes de nombreuses familles mexicaines-américaines, s’invitent aussi sur certaines tables de Thanksgiving, à côté de la dinde.
Déclinaisons autour de la farce
- Farce ou garniture ? Dans le Nord, la farce (stuffing) se prépare plutôt au pain blanc. Dans le Sud, on l’appelle dressing et on la fait surtout au pain de maïs (cornbread), souvent cuite à part, dans un plat. Dans la dinde ou à côté, elle doit atteindre 165 °F (74 °C) à cœur.
- Autour de la baie de Chesapeake (Maryland et Virginie), on marie la dinde avec une farce aux huîtres (oyster dressing), une habitude héritée des colons anglais. « Ce ne serait pas Thanksgiving sur la baie de Chesapeake sans un petit baiser de la mer », écrit l’Oyster Recovery Partnership, qui en donne une recette.
- Les adeptes du sucré-salé goûteront un peu partout la farce au pain de maïs, à la saucisse et aux pommes cuites…

Le cornbread dressing, la farce au pain de maïs du Sud, cuite à part dans un plat. Crédit photo : Alabama Cooperative Extension System (Janet Guynn) (CC0)
Les légumes
- Les patates douces confites (candied yams, même s’il s’agit de patates douces et non d’ignames), souvent gratinées sous une couche de marshmallows. L’idée vient d’un fabricant de guimauves : en 1917, Angelus Marshmallows fait écrire un livre de recettes par Janet McKenzie Hill, fondatrice du Boston Cooking School Magazine, où apparaît la plus ancienne purée de patates douces gratinée aux marshmallows connue, rapporte le Smithsonian Magazine. Le résultat est vraiment… comment dire… sucré (bon courage).
- La green bean casserole, gratin de haricots verts à la crème de champignons, recouvert d’oignons frits, a été inventée en 1955 par Dorcas Reilly, dans la cuisine d’essai de Campbell’s à Camden, dans le New Jersey, sous le nom de « Green Bean Bake ». Elle fait fureur dans tous les États-Unis : environ 20 millions d’Américains en mangent à Thanksgiving, selon le Smithsonian (2018), et en 2015, Campbell’s estimait que 40 % de ses ventes de crème de champignons servaient à ce plat.
- Vous pouvez aussi tester cette recette du Sud : des haricots verts mijotés avec du jambon ou du bacon (ou les deux). Ou les remplacer par du chou cavalier (collard greens), dont les grandes feuilles cuisent longuement avec un jarret de porc fumé, un classique de la soul food.
Les desserts
- La pumpkin pie reste la reine. Dans le Sud, elle a deux rivales : la pecan pie (tarte aux noix de pécan) et la sweet potato pie, tarte à la patate douce. Un partage régional entre citrouille et patate douce est apparu à la fin du 19e siècle, et la tarte à la patate douce est entrée dans la culture afro-américaine, rappelle l’historien de la soul food Adrian Miller.
- Une variation de la tarte aux pommes… assez inattendue : avec du cheddar, glissé dans la pâte avant la cuisson ou servi en tranche à côté. Venue des tartes du Yorkshire, l’habitude a pris en Nouvelle-Angleterre et dans le Midwest, régions de fermes laitières. Le Vermont, qui en a fait sa tarte officielle en 1999, demande dans la même loi un « effort de bonne foi » pour la servir avec un verre de lait froid, une grosse boule de glace à la vanille ou une tranche de cheddar d’au moins une demi-once (14 g). Vos papilles (et votre estomac) se souviendront longtemps de cette expérience.
- Le bread pudding, un pudding au pain qu’on peut cuisiner à tous les parfums : à la crème d’amande, aux pommes, au chocolat, aux cerises, au caramel, avec de la compote, et même à la citrouille, au cas où on n’en aurait pas assez mangé. C’est d’abord un dessert du Sud : l’encyclopédie 64 Parishes le présente comme un dessert phare de la Louisiane, de la côte du golfe et surtout de La Nouvelle-Orléans.

Le bread pudding, pudding au pain venu du Sud, ici aux raisins secs. Crédit photo : John A Trax Jr / Depositphotos (licence Depositphotos)
3/ Les alternatives
Si l’idée de réussir la cuisson d’un tel oiseau dans votre four vous angoisse ou que vous avez un esprit de contradiction surdimensionné, pas de panique, il existe d’autres options pour respecter la tradition en faisant fi de la dinde.
Le filet de porc rôti
Les éleveurs américains l’ont longtemps vendu comme « l’autre viande blanche » (The Other White Meat, le slogan lancé en 1987 par le National Pork Board), même si le ministère de l’Agriculture le range parmi les viandes rouges. Il a surtout le mérite d’être moins fatigant à faire cuire qu’une dinde. Avec des pommes et de la cannelle, c’est encore meilleur et bien moins sec.
Un jambon
Un gros jambon bien cuit et bien dodu garantit un très bel effet sur la table de Thanksgiving. Et pour ceux qui ne veulent pas passer leur journée en cuisine, achetez le jambon « fully cooked » : selon le ministère américain de l’Agriculture, il est déjà cuit, se mange froid ou se réchauffe au four, réglé à 325 °F (163 °C) au moins, jusqu’à 140 °F (60 °C) à cœur. Le jambon est souvent agrémenté de sauce à la canneberge ou d’un glaçage sucré.

Le jambon glacé, piqué de clous de girofle : une alternative à la dinde qui ne demande qu’à être réchauffée s’il est vendu fully cooked. Crédit photo : Brent Hofacker / Depositphotos (licence Depositphotos)
Du saumon grillé au beurre et aux herbes
Vous passerez peut-être pour un frenchie révolutionnaire en proposant du poisson à une table d’Américains affamés le jour de Thanksgiving, mais c’est une délicieuse alternative à tenter si vous ne supportez plus la volaille, ses sœurs et ses cousines.
Pour vous faire pardonner, vous pourrez toujours présenter en accompagnement une bonne purée de patates douces ou, mieux encore, de rutabagas.
Une table végétarienne
Pour les convives qui ne mangent pas de viande, les supermarchés proposent des rôtis végétaux. Le plus connu, le Tofurky, un rôti de tofu et de blé farci, a été lancé pour Thanksgiving 1995 par Turtle Island Foods, à Hood River, dans l’Oregon. Purée, patates douces, haricots verts et tartes se préparent sans viande ; pour la farce, cuisez-la à part, avec un bouillon de légumes.
4/ Le coup de main
Quel vin servir ?
Bonne nouvelle pour les Français : le Beaujolais nouveau arrive chaque troisième jeudi de novembre, une semaine avant Thanksgiving ; en 2026, le jeudi 19 novembre. Fait uniquement de gamay, ce rouge léger, fruité et peu tannique est souvent conseillé avec la dinde et ses accompagnements, note le site américain VinePair, qui rappelle qu’il doit aussi sa réputation de vin de Thanksgiving au marketing des années 1970.
Combien ça coûte ?
Le dîner traditionnel pour dix personnes revenait en moyenne à 55,18 dollars en 2025, soit 5,52 dollars par personne, en baisse de 5 % sur un an, selon l’enquête annuelle de l’American Farm Bureau Federation. Les résultats de 2026 sont annoncés pour le 18 novembre.
Un doute sur la cuisson ?
Depuis 1981, le Butterball Turkey Talk-Line répond aux questions des cuisiniers en novembre et en décembre : appelez le 1-800-BUTTERBALL (1-800-288-8372) ou envoyez un SMS au 844-877-3456.
Et le lendemain, place au Black Friday et à ses soldes. Bon appétit…

